Demandez à cinq consultants SEO quelle part d’ancres exactes viser dans un profil de liens. Vous obtiendrez cinq réponses, échelonnées de 1 % à 30 %. Aucun ne pourra citer l’étude d’où sort son chiffre, pour une raison simple : elle n’existe pas. Voici ce que Google écrit réellement sur le sujet, et ce qu’il faut en faire quand on gère un site B2B avec quelques dizaines de liens entrants.

Ce que Google écrit noir sur blanc sur les ancres

La documentation Search Central consacrée aux liens, mise à jour en décembre 2025, tient en une phrase : une bonne ancre est « descriptive, reasonably concise, and relevant to the page that it’s on and to the page it links to ». Google y ajoute un test pratique, plutôt utile : lisez l’ancre seule, sortie de son contexte. Si vous ne devinez pas de quoi parle la page de destination, elle est trop vague.

En parallèle, les spam policies, actualisées en mai 2026, listent explicitement parmi les pratiques de link spam les « links with optimized anchor text in articles, guest posts, or press releases distributed on other sites ». Le même document reprécise que l’achat de liens n’est pas une infraction en soi, à condition que le lien porte un attribut rel="nofollow" ou rel="sponsored".

Ces deux formulations ne se contredisent pas. Elles disent la même chose sous deux angles : une ancre descriptive dans un lien éditorial obtenu naturellement est ce que Google recommande, la même ancre dans un article payé et distribué en série est du spam.

Le discriminant n’est pas le mot que vous placez dans l’ancre. C’est la façon dont le lien a été obtenu.

Et c’est précisément là que les recettes en pourcentages passent à côté du sujet.

Les ratios d’ancres sont une convention d’agences, pas une règle Google

Aucun ratio d’ancres n’apparaît nulle part dans la documentation Google. Ni seuil, ni fourchette, ni recommandation chiffrée. Les répartitions que tout le secteur recopie viennent des blogs de plateformes de netlinking, et elles se contredisent entre elles : 1 à 2 % d’ancres exactes maximum chez certains, jusqu’à 30 % chez d’autres. Quand des sources censées décrire la même réalité varient d’un facteur quinze, c’est qu’aucune ne mesure quoi que ce soit.

Le tableau le plus repris du secteur, celui qui donne 36,4 % d’ancres de marque, 24,7 % d’URL nues et 5,4 % d’ancres exactes, est attribué à une « étude Ahrefs sur 1,5 milliard de backlinks ». Cette étude n’existe pas. Elle n’a jamais été publiée.

Ce qui existe, en revanche : l’analyse Ahrefs menée sur 384 614 pages et 19 840 mots-clés, publiée par Joshua Hardwick. Elle mesure une corrélation de Spearman de 0,1436 entre la proportion d’ancres exactes et la position. Autrement dit, une corrélation faible. Ahrefs en tire lui-même la conclusion inverse du consensus : le meilleur moyen d’obtenir un profil d’ancres naturel est de ne pas chercher à en manipuler les ratios.

John Mueller avait tranché dès octobre 2018, en réponse à une question portant justement sur le nombre de mots, le nombre de backlinks et le pourcentage d’ancres : « None of those numbers are indicative of quality. »

C’est le point que les guides oublient systématiquement, alors qu’il concerne la majorité des sites B2B.

Une PME industrielle ou un cabinet de conseil dispose rarement de plus de trente à quarante domaines référents. Appliquez-y la règle des « 10 % d’ancres exactes » : vous obtenez trois liens. Trois. À cette échelle, un pourcentage n’est plus une statistique, c’est du bruit. Ajoutez ou retirez un lien et votre ratio bouge de trois points.

Le problème, c’est que l’effet inverse joue aussi. Trois ancres strictement identiques sur vingt-cinq liens forment un motif parfaitement visible. Les mêmes trente ancres identiques réparties sur trois mille liens disparaissent dans la masse. Raisonner en proportion sur un petit profil vous donne une fausse sécurité dans un sens et une fausse alerte dans l’autre.

Second angle mort : les ratios standards supposent une marque que les gens recherchent. Consacrer 70 % de vos ancres à votre nom d’entreprise a du sens pour une marque connue, dont la notoriété génère spontanément des citations. Quand personne ne tape votre raison sociale dans Google, vous venez de gaspiller sept liens sur dix en signal purement décoratif. Les critères qui font un bon backlink valent bien plus que la formulation de son ancre.

Pour un profil de moins de cinquante liens, la bonne unité d’analyse n’est pas le pourcentage global. C’est la page cible : combien de liens pointent vers cette landing page précise, et avec quelles formulations.

La cohérence d’abord, le rythme ensuite

La fuite de documentation Google de mai 2024, dont un porte-parole a confirmé l’authenticité auprès de The Verge tout en mettant en garde contre les interprétations hâtives, contient plusieurs champs nommés explicitement autour des ancres. Google n’a jamais commenté leur fonctionnement ni confirmé qu’ils soient actifs en production. Leurs seuls noms restent instructifs.

On y trouve un anchorMismatchDemotion, et surtout une famille d’attributs décrivant une détection temporelle : nombre de jours sur lesquels 80 % des phrases suspectes ont été découvertes, taux quotidien moyen, dates de début et de fin de la période de décote. Ce n’est pas un stock qui est mesuré là, c’est un pic.

L’idée n’a d’ailleurs rien de neuf. Un brevet Google déposé en 2003 et délivré en 2008 décrivait déjà la surveillance de « la manière dont le texte d’ancre évolue dans le temps », et mentionnait les pics soudains de liens entrants comme signal de tentative de manipulation.

Concrètement, deux sites affichant tous deux 20 % d’ancres exactes ne présentent pas le même profil si le premier les a accumulées sur cinq ans et le second en six semaines. Le pourcentage est identique, la lecture algorithmique n’a rien à voir.

Reste la question de la sanction. Depuis Penguin 4.0, en septembre 2016, Google annonce ajuster le classement en fonction des signaux de spam plutôt que de pénaliser le site entier. Les link spam updates de 2021 et 2022 emploient tous deux le même verbe : nullify. Le lien acheté avec une ancre trop propre ne vous fait pas chuter, il cesse simplement de compter. Ce qui change radicalement la nature du risque, et explique pourquoi désavouer des liens ne se justifie que dans des cas très précis.

Le risque principal d’une ancre sur-optimisée n’est plus la pénalité. C’est de payer pour un lien inerte.

En maillage interne, l’ancre exacte redevient un levier

L’étude de Cyrus Shepard chez Zyppy, portant sur 23 millions de liens internes répartis sur 1 800 sites et croisés avec les données Search Console, arrive à une conclusion qui prend le discours dominant à contre-pied. Les pages recevant au moins une ancre interne en correspondance exacte captent au moins cinq fois plus de trafic que les autres. Et la corrélation la plus forte de toute l’étude porte sur la variété des formulations pointant vers une même page.

La différence tient à la nature du lien. Google ne soupçonne pas un site d’acheter des liens à lui-même. Vos ancres internes sont sous contrôle total, gratuites, modifiables en quelques minutes.

Pour une entreprise B2B qui ne peut pas financer cinquante backlinks premium, c’est le chantier à ouvrir en premier. Il est entièrement à votre main.

Par où commencer

Un audit d’ancres utile tient en une demi-journée pour un site B2B classique.

  1. Exportez vos liens entrants. La Search Console suffit pour démarrer, Ahrefs ou Semrush donnent une vue plus fine.
  2. Regroupez-les par page de destination, jamais globalement. C’est la concentration sur une page unique qui pose problème, pas la moyenne du site.
  3. Repérez les anomalies : une page qui reçoit huit liens dont six portent la même formulation commerciale mérite un examen.
  4. Vérifiez la cohérence. Une ancre qui promet un sujet que la page ne traite pas est plus discutable qu’une ancre répétitive mais exacte.
  5. Étalez vos acquisitions. Dix liens obtenus en trois semaines avec la même ancre créent un pic ; les mêmes dix liens sur huit mois ne ressemblent à rien de particulier.
  6. Traitez le maillage interne en priorité, avant d’investir un euro en netlinking externe.

Une remarque de terrain pour finir : les ancres les plus naturelles ne se choisissent pas, elles se constatent. Un journaliste qui vous cite écrit « selon les équipes de Spirion » ou simplement « cette étude ». Jamais « agence SEO B2B Paris ». Quand votre profil ne contient que des formulations parfaitement calibrées, c’est le signe qu’aucun de ces liens n’a été gagné.

Questions fréquentes

Combien d’ancres exactes puis-je me permettre sans risque ?

La question est mal posée pour un profil de moins de cinquante liens. Regardez plutôt combien d’ancres identiques pointent vers une même page, et sur quelle durée elles ont été acquises. Six formulations commerciales identiques vers une landing page en deux mois posent davantage problème que vingt ancres exactes réparties sur trois ans et dix pages différentes.

Une ancre « cliquez ici » nuit-elle au référencement ?

Elle ne pénalise rien, elle ne rapporte rien. Google cite explicitement « click here » et « read more » comme exemples d’ancres à éviter, parce qu’elles n’apportent aucune information sur la page de destination. Sur vos liens internes, remplacez-les : le gain est gratuit et immédiat.

Faut-il imposer ses ancres aux sites qui nous citent ?

Sur un article invité ou un placement payant, imposer une ancre exacte revient précisément à ce que les spam policies de Google décrivent comme du link spam. Proposez une formulation descriptive, laissez l’éditeur l’adapter à son texte. Une ancre légèrement imparfaite vaut mieux qu’une ancre parfaite et suspecte.

À quelle fréquence auditer son profil d’ancres ?

Une fois par an suffit pour un site B2B qui ne mène pas de campagne de netlinking active. Si vous achetez des liens régulièrement, passez à un contrôle trimestriel, en surveillant surtout la répartition par page cible et le rythme d’acquisition.


Les ancres ont généré plus de règles inventées que n’importe quel autre sujet SEO, et la plupart survivent parce que personne ne remonte à la source. Retenez trois choses : Google n’a jamais publié de ratio, la cohérence entre l’ancre et la page compte davantage que sa répétition, et le rythme d’acquisition en dit plus long que n’importe quel pourcentage. Le reste est de la superstition de secteur.

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